Être et avoir

Être et avoir

A documentary portrait of a one-room school in rural France, where the students (ranging in age from 4 to 11) are educated by a single dedicated teacher.

EN

“I don’t want to steal images. I am not a thief. My camera is not a surveillance camera, it is more like... not surveillance, but bienveillance.”

Nicolas Philibert

 

“The outcome is a poetic meditation on the passage of time and the progress of a child’s education, framed by the changing seasons and filled with everyday laughter and dramas, from the theft of an eraser to a 4-year-old’s first encounter with a photocopier to the (temporary) loss of a tiny girl in a tall field of wheat during a spring picnic. ‘At its heart’, Mr Philibert observed, ‘the film speaks about how difficult it is to grow up.’”

Leslie Camhi1

 

Richard FalconA lot of documentaries today are shot on DV and/or shown on television. How important was it for you how the film would look on a big screen? For instance, there’s a very cinematic movement between the close-ups of the children’s faces and the shot of the countryside.

Nicolas Philibert: My culture is cinema. I detest television. Television is obscene in its transparency – it’s a place where people lay bare their lives for very little return. Cinema isn’t transparent – it uses elements like the grain, the depth of the shot, the play of light and shadow. Cinema is the art of ellipsis: the language is metaphorical and every film has its secrets and mysteries.

Mr Lopez describes teaching as a process that demands great patience and takes time but is very rewarding. Is this how you feel about documentary filmmaking?

The roles of the teacher and the documentary filmmaker both involve the transmission of knowledge and require patience and the ability to keep an appropriate distance from your subject. Documentary filmmaking demands an aesthetic and moral distance. So the shots of nature in the film are very important because they create a contrast between this small class and the rest of the world. We open with the snow, the whistling wind and the cows being herded; we thus recognize the school as a refuge from the violence of the world outside. The first shots you see of the school itself are the tortoises creeping across the floor: it’s a way of saying that the viewer needs to be patient as the film is going to take its time and will illuminate its subjects only gradually.

Richard Falcon in conversation with Nicolas PhilibertRichard Falcon, “Back to Basis,” Sight & Sound, July 2003.

  • 1Leslie Camhi, “A Schoolroom Where Life Is the Curriculum,” The New York Times, September 14, 2003.

FR

« Être et avoir s’égrène au fil des petites victoires durement atteintes et nous rappelle aux rudiments les plus ancestraux de notre éducation : écrire, lire, compter. Des rudiments auxquels on ne pense plus, des facultés qui remontent à un âge si immémorial qu’elles semblent avoir toujours été acquises. Et pourtant devant ces enfants, leurs balbutiements, leurs ratés, on a le sentiment que tracer un chiffre ou une lettre relève d’une prouesse qui devrait être toujours celebrée, félicitée. L’enseignement de M. Lopez dépasse évidemment ces seuls apprentissages : il réconforte, rassure les plus grands qui s’apprêtent à partir pour le collège, se fait le confident d’une petite fille très mutique ou d’un garçon dont le père est malade. Dans sa grande bonté, il est le gardien de l’enfance, évoque parfois même un prêtre qui conseillerait et guiderait un petit village d’enfants. Si le documentaire fut un succès, c’est qu’il donne à voir ce qu’est une école mais aussi, dans un même mouvement, ce qu’elle devrait être. Que ce soit le plus petit qui apprend à écrire ou le plus grand paniqué à l’idée de passer au niveau supérieur, chacun en sortira en ayant appris la même chose : à ne pas trembler. »

Murielle Joudet1

 

« Tout comme cet homme, cet instituteur, nous raconte comment enseigner revient pour lui à réparer la souffrance du père, les films de Philibert s’adressent avant tout au spectateur. Non pas pour l’informer, pour le documenter, mais dans ce qu’ils pressentent de son intérêt (au spectateur) pour les sourds, les fous et les enfants. De ce qu’il vient y chercher. Et ça, la télé ne le comprendra jamais. Ce qu’il vient chercher, c’est un entre-deux. Entre l’autre et soi, entre ce qui ne nous appartient pas, ce que nous ignorons, ce qui fait partie de l’autre monde et ce qui, à travers cette altérité irréductible, vient nous parler de nous. Nous ne cherchons donc pas à nous informer mais à mesurer, proximité et différence, à évaluer la distance, à s’égarer dans les limbes, les frontières indécises, les entre-deux féconds où les mots, la pensée, l’analyse ne suffisent plus à comprendre, à saisir, à ressentir. C’est justement dans la singularité poussée à l’extrême par une mise en scène qui ne cache pas son interventionnisme que quelque chose surgit que nous reconnaissons de notre lien à l’autre, de notre rapport au monde, du mystère de la vie. »

Frédéric Sabouraud2

 

« Combien de temps faut-il pour apprendre à lire et à compter ? Pour savoir voler de ses propres ailes ? L’enseignant donne sans compter, sans chronométrer, sans bousculer. Il prend d’autant mieux son temps que les enfants arrivent dans sa classe à l’âge des couches-culottes, hochet en bouche, et le quittent sept ou huit ans plus tard pour partir au collège. Avec lui, ils ont le temps de grandir. Sa patience est infinie comme le suggère entre autres une scène consacrée à l’infini des nombres. « Après cent ? » demande-t-il à Jojo (encore lui). « Rien. – Mais non, 101, 102… Et après 1000 ? – Rien, répond encore l’enfant. – Mais non, 1001, 1002… Et après un million ? – Rien… – Et après un milliard ?… » Jojo commence à se lasser du jeu mais le maître continue jusqu’à ce que le gamin commence à entrevoir le concept d’infini. La patience du cinéaste réussit à se mettre au diapason. L’art du film comme l’art d’enseigner tient dans une certaine durée, durée des regards, et des situations d’où naît une chronique émerveillée. »

Anne Brunswic, “Être et avoir ou les premiers pas sur la lune,” Revue Images Documentaires 45/46 (2002).

  • 1

    Murielle Joudet, “Jojo,” dans Enfance et cinéma : d'Antoine à Zazie, éd. Gabrielle Sébire. (Arles: Actes Sud / La Cinémathèque française, 2017), 138.

  • 2

    Frédéric Sabouraud, “Un cinéma qui cicatrise,” Revue Images Documentaires 45/46 (2002).

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