FILM
Magritte ou La leçon de choses
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15’

Magritte ou La leçon de choses can be situated in this tradition of films showing the artist at work. But in the case of Magritte, ‘work’ acquires a meaning quite different from the exploration and celebration of manual and physical labor evident in the films on Picasso, Pollock, or the COBRA artists. ‘I did not show Magritte as a technician of painting at all because this is senseless,’ de Heusch wrote. For de Heusch, Magritte is not a painter but ‘un imaginier, an image maker.’ He further notes that in the film Magritte himself states ‘that a painting is annoying (emmerdante) to make’ and that he was ‘only interested in the final product. It is on that image with Magritte that the entire screenplay was made.’ In contrast with de Heusch’s films on COBRA painters or the famous film portraits of Pollock or Picasso created in the 1950s, the Magritte film does not contain any action as there is no “action painting.’ The first stroke on the blank canvas, a moment that is so emphatically present in most films showing artists at work, is completely absent. Instead of creating paintings from scratch, Magritte seems to find himself in front of paintings that are already finished – something that tallies perfectly with his flattened paintings that do not display any signs of the handling of paint.”

Steven Jacobs1

 

“Net zoals de schilderijen van Magritte kan de film van de Heusch ‘educatief’ of ‘didactisch’ worden genoemd – een omschrijving die vaak aan kunstdocumentaires wordt toegedicht. De film bevestigt de didactische conventies van het genre: we zien een soort diashowachtige opeenvolging van kunstwerken, al dan niet in close-up, die worden afgewisseld met beelden van de kunstenaar aan het werk of tijdens zijn dagelijkse bezigheden, terwijl zijn ideeën door de voice-over worden becommentarieerd. Maar de film van de Heusch is tegelijk complexer en ambigu. De educatieve dimensie kan immers als een commentaar op de kunst van Magritte worden gezien, in het bijzonder op zijn zogenaamde ‘woordschilderijen’, waarin de woorden vaak in een schools lettertype zijn neergezet. De Heusch maakt overigens zelf ook gebruik van opschriften in een dergelijke schoonschriftstijl – veelzeggend is een shot van het woord ‘donc’, dat een soort gevolgtrekking en een causale of logische opeenvolging van shots suggereert. Net als de woorden en beelden in het werk van Magritte zijn de didactische elementen in de film verraderlijk, aangezien de filmmaker in de surreële logica van de schilder tracht binnen te stappen. Zoals in de schilderijen van Magritte, lijken voorwerpen, hun representaties en de woorden die ernaar verwijzen naadloos in elkaar over te vloeien. Het filmmedium voegt hier nog een extra laag aan toe, doordat de beelden van Magritte op hun beurt in beeld worden gebracht. Picturale beelden en filmbeelden interageren en spreken elkaar tegen. Zoals vele schilderijen van Magritte, reflecteert de film van de Heusch op de contaminatie van verschillende werkelijkheidsniveaus en hun representaties, en op de verhouding tussen dingen, beelden en woorden.”

Steven Jacobs2

 

« A cette volonté du peintre de couper l’image des structures habituelles du langage et de la pensée, correspondent dans le film des traits d’invention narrative (le jeu de société), des trouvailles de mise en scène (comme ces travelings arrière qui, par découvertes successives, remettent sans cesse en cause notre vision des choses), tout un jeu adroit de miroirs, de mirages, qui dérange la superposition entre le monde normal et son reflet dans le langage ou sur la toile: heureuse mise en valeur du travail de Magritte, qui restitue avec invention et fidélité l’esprit même de sa tentative. »

Michel Flacon3

 

« En 1961, Luc de Heusch réalisera La leçon des choses, film par lequel il invite Magritte lui-même à donner une leçon sur sa démarche picturale et plus particulièrement sur le gouffre qui sépare les mots et les choses. Même si Magritte se révèlera peu satisfait de cette tentative, le point de vue du film impliquant qu’il soit un film sur le surréalisme plutôt qu’un film surréaliste, La leçon des choses reste un document digne d’intérêt. »

Olivier Smolders4 

 

« Michel Foucault a écrit de fort jolies choses sur cette tension dialectique entre le mot et l’image chez Magritte. Son texte a été publié bien après la réalisation du film, mais je me permettrai de l’évoquer car il pourrait aider à éclairer mon propos cinématographique. Foucault propose d’interpréter le célèbre « Ceci n’est pas une pipe» comme un calligramme défait. Un calligramme, vous le savez, est une figure composée avec des lettres, de telle sorte que l’écriture et le dessin ne font qu’un. Le tableau de Magritte serait un calligramme dénoué et-ou défait, dans la mesure où le texte, remis à sa place, détaché de l’image, la nie. Cependant les mots font partie du tableau, ce sont donc des images de mots, ils ne composent pas une légende; au contraire, ils retirent à l’image de la pipe son évidence de pipe. Nous voici donc en plein trouble. Le film s’achève par l’évocation d’un second désordre du langage. Le tableau s’intitule « L’art de la conversation ». L’on y voit deux personnages minuscules murmurant on ne sait quoi, alors qu’un démiurge mystérieux a inscrit un mot, le mot « rêve », dans une construction de pierre chaotique. Or, nous savons que Magritte n’est pas un peintre du rêve. Ce mot qui échappe, en quelque sorte, à toute épaisseur s’inscrit, en lettres de pierre. Ici, dit Michel Foucault, à juste titre, les choses forment leur propre mot dans l’indifférence des hommes. »

Luc de Heusch5

 

René Magritte during the shooting of Luc de Heusch’ "Magritte ou la leçon de choses"