Lettre à un jeune cinéaste

Tu as choisi de t’exprimer par le son et l’image, tu as choisi un acte essentiellement révolutionnaire et politique, la création cinématographique. Prends garde de n’en être pas détourné par les plus paradoxales et les plus fallacieuses raisons.

Préserve ton indépendance : elle est aussi celle du spectateur, elle est « réciproque ».

Tu es appelé à créer des structures audiovisuelles ; elles ne sont porteuses et garantes que de leur propre réalité. Toute autre vérité ne peut être sous-tendue que de la prise de conscience propre du spectateur et de la tienne seule au moment où tu exprimes une forme.

Tu fournis les structures, le spectateur en fera sa signification, même si ton film, – et parce que ton film – est bâti sur le pré-texte, et seulement sur le prétexte d’une donnée narrative et imaginaire.

Il n’est pas de bon sujet, il n’est que de bon projet. Ton film est objet cinématographique dont le spectateur et seul le spectateur sera sujet, le principal. Tu ne te substitueras point à lui, mais tu le regarderas, l’observeras, le scruteras par le regard de ton film porté sur lui, par l’écoute de ton film dirigée vers lui. Tu auras, sans complaisance et avec rigueur, d’abord exercé ce regard, cette écoute, l’effet de film, sur toi-même, tout premier spectateur d’un objet cinématographique et du travail qu’il opère.

Tu n'as point à combler un vide latent même si tu es (et tu seras) l’objet de cette demande : mais le film que tu construiras fera la part d’un désir latent du spectateur, non d’être pris en charge (ce qu’on voudrait couramment lui faire être), mais d’agir et d’être agi par le film et dans le film.

En ayant choisi le dur désir d'être cinéaste saches que ce désir est fragile et que toutes les Sirènes, tous les mirages des institutions cinématographiques s’emploieront avec force à t’en distraire et à t’en détourner.

Dans ce combat qui t’attend, saches être le moins soumis.

Image de L’été (Marcel Hanoun, 1968) | © Re:Voir

Ce texte a été publié à l’origine dans Écran en 1977.

ARTICLE
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In Passage, Sabzian invites film critics, authors, filmmakers and spectators to send a text or fragment on cinema that left a lasting impression.
Pour Passage, Sabzian demande à des critiques de cinéma, auteurs, cinéastes et spectateurs un texte ou un fragment qui les a marqués.
In Passage vraagt Sabzian filmcritici, auteurs, filmmakers en toeschouwers naar een tekst of een fragment dat ooit een blijvende indruk op hen achterliet.
The Prisma section is a series of short reflections on cinema. A Prisma always has the same length – exactly 2000 characters – and is accompanied by one image. It is a short-distance exercise, a miniature text in which one detail or element is refracted into the spectrum of a larger idea or observation.
La rubrique Prisma est une série de courtes réflexions sur le cinéma. Tous les Prisma ont la même longueur – exactement 2000 caractères – et sont accompagnés d'une seule image. Exercices à courte distance, les Prisma consistent en un texte miniature dans lequel un détail ou élément se détache du spectre d'une penséée ou observation plus large.
De Prisma-rubriek is een reeks korte reflecties over cinema. Een Prisma heeft altijd dezelfde lengte – precies 2000 tekens – en wordt begeleid door één beeld. Een Prisma is een oefening op de korte afstand, een miniatuurtekst waarin één detail of element in het spectrum van een grotere gedachte of observatie breekt.
Jacques Tati once said, “I want the film to start the moment you leave the cinema.” A film fixes itself in your movements and your way of looking at things. After a Chaplin film, you catch yourself doing clumsy jumps, after a Rohmer it’s always summer, and the ghost of Akerman undeniably haunts the kitchen. In this feature, a Sabzian editor takes a film outside and discovers cross-connections between cinema and life.
Jacques Tati once said, “I want the film to start the moment you leave the cinema.” A film fixes itself in your movements and your way of looking at things. After a Chaplin film, you catch yourself doing clumsy jumps, after a Rohmer it’s always summer, and the ghost of Akerman undeniably haunts the kitchen. In this feature, a Sabzian editor takes a film outside and discovers cross-connections between cinema and life.
Jacques Tati zei ooit: “Ik wil dat de film begint op het moment dat je de cinemazaal verlaat.” Een film zet zich vast in je bewegingen en je manier van kijken. Na een film van Chaplin betrap je jezelf op klungelige sprongen, na een Rohmer is het altijd zomer en de geest van Chantal Akerman waart onomstotelijk rond in de keuken. In deze rubriek neemt een Sabzian-redactielid een film mee naar buiten en ontwaart kruisverbindingen tussen cinema en leven.