FILM
L’armée des ombres
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145’

“The war period was awful, horrible marvelous.”

Jean-Pierre Melville

 

“Jean-Pierre Melville’s Army of Shadows opens with the startling image of German soldiers marching down the Champs-Élysées, framed by the Arc de Triomphe. The image was, this French director later admitted to an interviewer, a ‘crazy idea.’ Actors in German uniforms had not been permitted on the avenue since World War I, or so he claimed, and the shot was both costly and logistically complex. And yet, ‘it was a fantastic sight,’ Melville said with unmistakable satisfaction. ‘Wagnerian. Unfilmable.’ This former Resistance fighter had exacted a peculiar revenge on his complicit countrymen: he had invaded Paris himself, seizing it for his own vision.”

Manohla Dargis1

 

« Depuis la parution à Alger en 1943 du roman L’Armée des ombres de Joseph Kessel, Jean-Pierre Melville nourrissait le projet d’en faire un film. Coïncidence ou conscience du temps : 1969, l’année où le projet devient réalité, est une année-charnière. Charles De Gaulle vient de quitter la présidence de la République, et le mythe inspiré par lui d’une France majoritairement résistante pendant l’Occupation touche à sa fin, pour être sévèrement battu en brèche deux ans plus tard dans le documentaire Le chagrin et la pitié de Marcel Ophüls. Le gaulliste Melville, on s’en doute, ne vise pas une remise en question aussi violente, ce que d’aucuns lui reprocheront à l’époque. Dans les Cahiers du cinéma en particulier, un virulent Jean-Louis Comolli voit dans la sobriété melvillienne une affectation de dignité qui servirait à enluminer une vision solennelle de la Résistance et même de la figure gaullienne (qui apparaît brièvement dans une séquence à Londres) – soit « la résistance telle que jouée et vue par les gaullistes, et le premier et plus bel exemple cinématographique de l’Art gaulliste, fond et forme ». »

Benoît Smith2